mardi 28 avril 2020

SIXIÈME PARTIE DU LIVRE : UN CHEMIN VERS L'ESPRIT


CONNAISSANCE DE L’ASTRAL

OÙ RENCONTRE-T-ON L’ASTRAL ?

Le monde éthérique ou monde de forces formatrices détermine, nous l'avons vu, les formes de tout ce qui existe dans le monde sensible. On peut acquérir certaines connaissances sur le monde éthérique en observant correctement la façon dont se créent et s'engendrent les formes. Tout particulièrement dans le règne végétal où le physique et l'éthérique sont seuls et directement en contact, l'observation de la croissance nous permet d'acquérir une représentation, sinon complète, du moins approximative du corps éthérique de la plante. Nous pouvons donc observer en partie l'éthérique au travers du physique.

Il serait beaucoup plus difficile d'atteindre à une connaissance même approximative du monde astral en partant de l'observation purement sensible. Cette observation peut sans doute nous amener à reconnaître l'existence, en dehors des forces éthériques, d'autres forces qui viennent arrêter et même détruire l'œuvre de construction de l'éthérique. C'est ce que nous avons vu en observant la floraison et surtout le flétrissement et le dépérissement des plantes. Nous sommes ainsi conduits par nos observations jusqu'au seuil du monde astral ; mais nous ne saurions dépasser le seuil et pénétrer dans ce monde en suivant la même méthode. 

Les formes du règne animal diffèrent sans doute des formes végétales parce que les animaux possèdent, outre le corps éthérique, un corps astral, mais celui-ci n'agit qu'indirectement sur la construction des formes et par l'intermédiaire du corps éthérique, ou en limitant l'action de ce corps. Chez l'homme le processus de la construction des formes est encore plus complexe, puisqu'en plus de l'éthérique et de l'astral, l'élément spirituel, le moi, vient donner sa marque à la structure physique.

Mais si l'observation sensible ne nous est que d'un faible secours pour pénétrer dans le monde astral, nous pouvons par contre y parvenir dans une certaine mesure par l'observation de notre vie intérieure, par l'introspection. 

Le corps astral est, en effet, le siège de notre conscience.

Le corps éthérique échappe presque entièrement à la conscience. 

Il ne provoque normalement en nous que des sensations vagues et diffuses de bien-être lorsque notre corps est en parfaite santé et tout à fait dispos, et de malaise lorsque nous sommes fatigués ou malades. Encore ces sensations ne sont-elles qu'un simple reflet de l'éthérique dans l'astral, perçues dans ce dernier élément.

Nous ne saurions donc atteindre directement l'éthérique par l'introspection ; pas plus que nous n'atteignons l'astral par l'observation des métamorphoses qui se manifestent dans les formes de tout être vivant. Par contre le champ entier de notre conscience est taillé dans le domaine de l'astral. Tout l'astral n'est pas conscient, mais tout ce qui est conscient se trouve inclus dans l'astral.

Nous voyons ainsi que, si nous passons de l'étude de l'éthérique à l'étude de l'astral, nous devons changer de méthode. Pour connaître l'éthérique, nous avons dû apprendre à diriger notre observation sur certains aspects des phénomènes que les sciences du physique négligent d'ordinaire. Il nous a fallu ensuite apprendre à penser ces observations, mettre le cheminement de notre pensée au pas des forces qui se manifestent par un mouvement rythmique incessant. Mais notre point de départ, le point d'appui où nous pouvons toujours revenir pour contrôler ou renouveler notre étude, c'est l'observation sensible.

Quand nous passons à l'astral, notre point de départ ne sera plus dans l'observation sensible, mais dans l'observation psychologique et tout particulièrement dans l'introspection.

L'ATTITUDE EXIGÉE
POUR LA CONNAISSANCE DE L'ASTRAL

L'observation de la vie intérieure présente plus de difficultés et surtout de possibilités d'erreur que l'observation sensible.

Lorsqu'on s'observe soi-même, la première difficulté, la grande source d'erreur est la complaisance en soi. On ne s'illusionne jamais tant que sur soi-même, quelquefois par mésestime, plus souvent par ignorance, par confusion ou par confiance excessive. Il est difficile d'être objectif en face de soi-même. Il est encore plus difficile, presque impossible, de ne pas introduire dans ces observations quelque passion ou à tout le moins quelque couleur affective, un peu de dilection pour ce qu'on est et surtout pour ce qu'on croit être. L'objectivité, le calme de la pensée, l'impartialité de l'observateur qui laisse le phénomène se dérouler devant lui sans intervenir, sans prendre parti, sont cependant des qualités indispensables à tout investigateur des réalités spirituelles. Et il doit posséder ces qualités à un degré plus élevé même que le savant, observateur des réalités du monde physique.

C'est une des raisons pour lesquelles la préparation morale prend toute son importance lorsqu'on aborde l'étude de l'astral. Rudolf Steiner a longuement développé, dans son ouvrage « L'Initiation  » , les conditions de cette préparation morale et les qualités qu'il faut acquérir ou renforcer. 

Il a répété à maintes reprises que, lorsqu'on fait un pas sur le chemin de la connaissance, il faut en faire trois sur celui du développement moral.

Sur un point cependant, donnons quelques brèves indications. Pourquoi le monde astral exige-t-il tout particulièrement une attitude morale ? Ce développement moral a une raison d'être qui dépasse le souci d'éviter des erreurs. Nous allons le voir immédiatement.

En abordant le domaine astral, on entre dans le domaine d'où surgissent les forces morales. De ce point de vue encore, il y a contraste entre le monde éthérique et le monde astral. Le monde éthérique est en dehors de la morale. Les grandes pulsations cosmiques qui se manifestent au travers des rythmes de la nature sont sans rapport avec les qualités de notre vie intérieure. On ose à peine répéter, tant c'est un lieu commun, que les astres n'arrêtent pas leur ronde, quels que soient nos vertus ou nos crimes, ou que nos plus grandes douleurs n'empêchent pas le printemps de fleurir...L'indifférence de la nature à leur endroit a toujours frappé et souvent scandalisé les hommes.

Une partie du monde astral, celle qui règle l'instinct des animaux, échappe aussi à la loi morale. Tout change lorsque l'homme entre en jeu. Avec lui, l'élément moral prend une place prédominante. Pourquoi ? 

Le corps astral humain a été travaillé, ciselé, transformé par le moi. Il est pénétré, imbibé de spirituel, et de cette œuvre, encore inachevée, est née l'âme humaine.

Or, cette âme appartient toujours au monde astral bien que la métamorphose qu'elle a subie l'oppose maintenant à l'instinct animal. Elle en fait partie comme notre corps physique, constitué d'éléments minéraux transformés pour devenir substance organique, fait partie du monde de la matière.

Mais il existe une grande différence entre ces deux corps et leurs mondes respectifs. Notre corps physique est enveloppé d'une peau qui l'isole du monde minéral. Même dans les systèmes respiratoire et digestif, l'organisme est séparé des substances inspirées ou ingérées qu'il n'assimile qu'au travers d'un appareil filtrant. 

Notre corps astral communique d'une façon beaucoup plus libre avec tout ce qui est de même nature que lui.  Il se répand autour de nous.  Il flotte dans les lieux que nous habitons et il en reste même quelque chose d'accroché aux choses qui nous appartiennent.  Les autres le perçoivent, comme nous percevons le leur.  Cela s'exprime par des formules vagues : « l'ambiance » d'une personne ou d'une maison ; dans une réunion l'apparition de tel personnage « jette un froid », tandis que tel autre apporte de la chaleur,  de la gaîté ; en face d'un autre encore on a une impression de trouble ou de paix, d'inquiétude ou de sécurité.  

Le pouvoir qu'a l'homme sur les animaux s'exerce aussi, en grande partie, par l'action directe de l'astralité.

Si nous constatons de tels faits, il en est d'autres, plus importants encore, qui nous échappent. Notre corps astral agit constamment sur le monde astral dont il fait partie et où il est entièrement plongé pendant notre sommeil. 

Tout ce qui est en nous, sentiments, désirs, passions, vices, vertus, idées, volontés, s'inscrit dans ce monde, y prend forme, y acquiert une réalité concrète aussi précise que les objets dans le monde physique.

Par suite d'une des lois essentielles du monde astral, que nous aurons l'occasion d'étudier plus loin, tout ce qui constitue notre vie intérieure sur terre s'extériorise dans l'astral.  Ce monde est ainsi sans cesse traversé par des vagues de passions, de désirs, d'enthousiasme, d'héroïsme, de peur... qu'y soulève l'astralité humaine.  

Un sentiment de haine, même s'il est uniquement nourri au fond de nous-même, s'il ne s'exprime par aucun acte, produit dans le monde astral un effet destructeur analogue à celui d'un coup de fusil sur le plan terrestre.  

L'histoire la plus récente nous montre les dangers graves qui peuvent naître d'idées fausses ou de mensonges répandus parmi les hommes.  Le monde astral en ressent plus encore les effets nocifs.  

Le calme, l'harmonie intérieure d'un homme qui a su atteindre à la sagesse sont au contraire ressentis comme une oasis de paix.

Ces quelques indications permettent de comprendre l'importance du développement intérieur pour qui veut prendre conscience du monde astral, et à plus forte raison y pénétrer : insuffisamment préparé, il connaît le risque d'être comme emporté par les vagues de passion qui traversent ce domaine tumultueux.  Il peut devenir le jouet ou la proie des êtres qui vivent au milieu de ces troubles, qui les créent.

Ainsi, pour aborder le monde astral, c'est non seulement la méthode, mais encore l'attitude intérieure qui doit être différente de celle qu'exigeait l'étude du monde éthérique. Pour atteindre l'éthérique, nous avions dû développer une activité nouvelle et accrue de l'observation et de la pensée. Pour atteindre l'astral, il faut certes conserver et accroître ces facultés, mais il faut y ajouter encore un renforcement scrupuleux de notre conscience morale.

COMPLEXITÉ DE L'ASTRAL

L'étude de l'astral présente une seconde difficulté.  Elle naît de la complexité même de ce monde, surtout tel qu'il apparaît dans la conscience humaine.  En effet, l'astralité, élément essentiel de notre conscience psychologique, n'y apparaît pas à l'état pur.  Des influences, des interactions provenant des autres éléments constitutifs de l'être humain y sont continuellement mêlées.  La vie physiologique, tissée, ourdie de physique et d'éthérique, vient se refléter dans l'astral, tandis qu'à l'opposé l'action du moi, qui donne une marque originale à notre pensée et à nos sentiments, qui détermine notre destin, notre karma, vient sourdre au travers des impulsions de l'astral.

Cette action du moi échappe à notre conscience ; elle est cependant continue et profonde. Lentement, toujours répétée au cours de chacune de nos existences antérieures, elle a peu à peu modifié, transformé, métamorphosé une part importante de notre corps astral.  C'est de cette sorte d'union, « des noces spirituelles du moi et de l'astral » qu'est née l'âme humaine.  Les facultés de l'âme - sentiment, pensée, volonté - se sont ainsi élaborées lentement au cours des âges et continuent à se constituer, à se développer et à s'enrichir. Tout ce qui différencie la psychologie humaine de la psychologie animale provient de l'action du moi sur l'astral, de l'esprit qui vit dans l'homme.

On peut donc établir la distinction suivante :

Tout ce qui, dans notre vie psychologique, se manifeste par des besoins, des désirs, des instincts, des impulsions, des attirances ou des répulsions, tout ce qui relève de notre tempérament, monte de l'astral, pénétré ou nuancé par l'éthérique et le physique ; nous avons en tout cela bien des points communs avec les animaux. Au contraire, tout ce qui est d'ordre moral ou intellectuel, vices ou vertus, passions, pensées ou sentiments originaux, faculté d'invention, sens du beau, du bien et du vrai, tout ce qui différencie les êtres humains l'un de l'autre, descend de l'astral, pénétré et travaillé par le moi.

Où donc saisir l'astral à l'état pur ? Telle est la difficulté à laquelle on se heurte dès qu'on aborde cette étude.

Nous devons prendre pour point de départ de notre connaissance ce qui, en nous, est pleinement conscient.  Et cependant, dans ce champ de la conscience, tout ce qui monte de la bête, de l'astralité sous-consciente, s'entremêle et se fond avec ce qui descend de l'esprit, de l'astralité « surconsciente. » D'un côté comme de l'autre, l'origine des impulsions qui se manifestent dans notre vie intérieure se perd dans les ténèbres de l'inconscience. Bien plus, en apparaissant dans la lumière de la conscience, tout se change et se métamorphose.

Une image nous permettra peut-être, en nous aidant à « voir », de mieux comprendre.

La lumière de la conscience n'éclaire pleinement qu'une partie de l'astral, et les impulsions éthériques ou spirituelles qui viennent traverser et modifier l'astralité restent dans l'ombre épaisse de l'inconscient.  Il en est donc de notre vie intérieure comme d'un théâtre où le centre seul de la scène serait éclairé par le faisceau étroit et vif d'un projecteur.  Tout autour c'est la nuit.  

Et dans ces ténèbres on perçoit des ombres inquiétantes.  La lumière les écarte, mais elles rôdent à l'entour.  Qu'est-ce qui s'agite ainsi ?  Sont-ce des bêtes, des monstres, des anges ?  Des anges gris ou noirs ?  

Au centre, la conscience lumineuse dresse un glaive de clarté qui écarte les ombres.  La plupart des hommes ferment les yeux pour ne pas voir tout ce qui hante leur nuit. Ils veulent l'ignorer et ils parviennent à l'ignorer réellement.  D'autres tremblent de peur. Quelques-uns cèdent au désir d'apprivoiser ou de soumettre ces êtres.  Des ténèbres, en effet, s'élèvent des murmures.  

Ceux qui savent écouter entendent des voix.  Elles disent : « Diminue cette lumière, éteins-la, et nous t'emmènerons dans nos royaumes, nous les partagerons avec toi. »  Une voix s'élève et dit : « Éteins ta lumière, je te communiquerai ma force et mon savoir.  Sachant, tu pourras. Tu détiendras le pouvoir. »  Des individus, des entraîneurs d'hommes ont cédé à ces appels de la bête, à la tentation du monstre...

Le chemin de connaissance que montre la science spirituelle ne s'enfonce pas dans la nuit. L'Anthroposophie connaît les êtres dont les voix appellent et crient dans l'ombre ; ces anges déchus sont l'émanation des puissances qu'Elle dénomme Lucifer, le porte-lumière déchu, et Ahriman, l'esprit des ténèbres.  

Elle sait qu'il y a des savoirs indus et des lumières fallacieuses ; des lumières qui ne créent qu'illusions, fantasmes et mirages ; des savoirs et des pouvoirs indus, parce qu'ils ne sont pas fondés sur une force morale suffisante pour en supporter le fardeau.

Bien loin de le diminuer ou de l'éteindre, il faut au contraire toujours élargir le faisceau de lumière où vit la conscience.  C'est précisément en cet élargissement que consiste l'initiation chrétienne, l'initiation moderne.  Dans les temps passés, aux époques qui précédèrent la venue du Christ, on a pu atteindre les mondes spirituels au travers de certains états de diminution ou d'évanouissement de la conscience, ceux que les psychologues modernes appellent des états seconds.  

On les nomme ainsi parce que la conscience normale étant éteinte, elle est remplacée par un autre état de conscience où apparaissent des facultés ignorées dans l'état normal.  Mais c'est une loi générale de l'évolution que tout ce qui ne se métamorphose pas conformément à l'impulsion générale universelle, que tout ce qui reste stationnaire, sans mourir ou disparaître, se dégrade, dégénère.  C'est à des mondes spirituels dégradés que donnent accès aujourd'hui des états de conscience si nettement dégénérés que non seulement ils ne sont plus la marque d'une vie intérieure plus haute et plus noble, mais relèvent trop souvent de la clinique psychiatrique.  L'évolution générale de l'humanité mène à un développement toujours plus grand du moi, ce qui dans l'âme humaine mène à un élargissement de la conscience, jamais à une diminution.

La science spirituelle anthroposophique conduit à l'initiation moderne et chrétienne. Elle ne peut donc se fonder que sur des données ou des impulsions pleinement conscientes. 

Notre développement spirituel doit tendre à un élargissement de cette claire conscience, et cette diffusion doit s'opérer à la fois dans toutes les directions : vers le pôle de l'esprit comme vers le pôle du corps, vers la bête aussi bien que vers l'ange.  

Si la conscience pouvait s'élargir, par-delà les forces de l'âme jusqu'au moi et l'éclairer pleinement ; si elle pouvait en même temps descendre au travers de la vie physiologique jusqu'à la construction anatomique du corps physique, nous aurions atteint l'initiation suprême.  Par le moi, nous pourrions posséder l'esprit qui vit dans l'homme ; par le corps physique, qui est plongé dans le monde matériel, qui en subit les lois, mais qui est en même temps construction du Créateur et temple des dieux, nous pourrions atteindre l'esprit qui vit dans l'univers.  

Nous serions amenés à reconnaître que l'un et l'autre esprits sont de même essence et nous pourrions dire : « Le Père et le Moi sont Un ».  C'est là le but suprême que quelques êtres peuvent atteindre par un long effort ; c'est également la fin dernière de l'évolution humaine.  Lorsque l'ensemble de l'humanité y parviendra, ce sera « la fin des temps ».  L'humanité rentrera dans le sein de Dieu.

Laissons de côté les destins exceptionnels et les perspectives lointaines. Pour ceux qui font leurs premiers pas sur le chemin, comment s'orienter? Quels moyens employer pour élargir la lumière de la conscience? C'est la connaissance des réalités spirituelles qui seule nous permettra de vaincre les obstacles et de triompher des dangers. C'est la connaissance claire et précise de ces réalités qui habituera nos yeux à fouiller la nuit, qui obligera nos ténèbres à recevoir l'esprit et sa lumière.

***

Il faut donc s'apprendre à voir, et à tout voir, sans parti pris, sans dégoût, et aussi sans volonté consciente ou inconsciente de tout sublimer. Le seul danger réel sur la route que nous suivons serait de fermer les yeux, de se refuser à voir.  Si quelque ombre nous paraît menaçante, il faut avoir le courage et la force de plonger dans la nuit, l'en sortir, l'amener en pleine lumière et la regarder en face.  Elle perd aussitôt tout venin et tout pouvoir sur nous.  Vis-à-vis des êtres du monde spirituel, nous sommes libres et inattaquables lorsque nous avons su les reconnaître.  

De là vient la nécessité, pour suivre le chemin de l'esprit, de fortifier en nous le courage.

La psychologie moderne a répandu et vulgarisé les notions d'inconscient et de subconscient.  Elle nous a montré que notre conscience n'atteint qu'une partie de notre vie intérieure, que des richesses insoupçonnées, mais aussi des dangers réels vivent dans nos ténèbres.  Freud et les psychologues de son école nous ont permis par leurs observations d'acquérir dans ce domaine des notions précieuses.  

Ils n'ont malheureusement étudié trop souvent que ce qui de notre vie physiologique s'allie à l'astral...telle la sexualité par exemple.  Ils n'ont presque toujours, laissant de côté tout ce qui vient de l'esprit, porté leurs investigations que sur une partie, et la moins féconde, de notre vie psychologique.  La science spirituelle doit tenir compte aussi de ce qui vient de l'esprit, du Moi.

Pour nous retrouver dans le dédale de notre vie intérieure, pour saisir le fil conducteur, nous essaierons d'abord de distinguer ce qui provient essentiellement des forces astrales, de dégager l'astral pur. Nous partirons de constatations très simples tirées de quelques observations élémentaires.  Puis en second lieu nous nous efforcerons d'atteindre quelques lois générales du monde astral qui éclaireront plus largement certains domaines de notre vie intérieure.

lundi 27 avril 2020

SEPTIÈME PARTIE DU LIVRE : UN CHEMIN VERS L'ESPRIT


COMMENT OBSERVER L'ASTRAL :
LE CORPS DE SENSATION

Le corps astral peut être aussi appelé corps de sensation. 

C'est en effet par la sensation que l'activité du corps astral se manifeste de la façon la plus directe et la plus immédiate.  Partout où il y a astralité apparaît la sensation.  Le corps astral mérite surtout ce nom de corps de sensation lorsqu'on le considère à l'état primitif, tel qu'il existe encore chez les animaux inférieurs.  

Chez l'homme, au stade de développement atteint actuellement par l'humanité, il procure la pure sensation.  Mais cette sensation pure est extrêmement fugitive et il faut faire effort pour la maintenir, ne serait-ce qu'un rapide instant, dans la conscience.  En effet, dès qu'apparaît une sensation, elle est immédiatement mêlée à notre vie affective, intellectuelle et volontaire.  

A peine est-elle née que le sentiment s'en empare ; tantôt il l'accueille et en jouit, tandis que la volonté cherche à la prolonger ou à la renouveler, tantôt il s'en détourne et la volonté tend à l'écarter.  Elle devient en même temps objet de représentation.  La pensée l'analyse, en cherche la cause, la compare, la juge d'après des normes préétablies, se concentre sur elle ou cherche à s'en distraire.

Ainsi, la sensation ne parvient à notre conscience que mêlée à mille autres éléments où l'astralité est nuancée soit par l'éthérique, lorsque c'est notre tempérament qui nous pousse à l'accueillir ou à la rejeter, soit par la pensée ou le sentiment qui viennent la renforcer ou l'assourdir.  De toute façon, elle est très rapidement transformée, rendue souvent méconnaissable.  Il suffit, pour s'en convaincre, de chercher à se rappeler une sensation même très vive, une douleur cuisante ou une grande jouissance.  C'est une vérité banale que les joies et les souffrances s'oublient vite ; elles se métamorphosent surtout dans la mémoire, et le souvenir que nous en gardons ne nous en représente plus qu'un schéma déformé et pâli.

Ce serait un exercice fort important que de parvenir à saisir la sensation pure, de pouvoir la laisser résonner en nous sans que s'y mêle de la sympathie ou de l'antipathie, du sentiment ou un jugement.  C'est, en effet, par la sensation que nous sommes renseignés sur le monde physique.  Elle apporte avec elle un enseignement que nous déformons si nous y mêlons immédiatement un apport trop personnel.  Mais c'est un exercice fort difficile à réaliser, car s'attacher à la sensation et l'observer, c'est souvent la faire disparaître.  

C'est, en outre, un exercice qui pourrait devenir dangereux s'il n'était précédé d'une très sérieuse préparation morale. 

Qui pourrait répondre de ne jamais être tenté de rechercher la sensation pour elle-même, pour le plaisir que nous y prenons, sous le prétexte de l'observer ? Cela peut se produire même si la sensation est tout d' abord désagréable.  La recherche de certaines sensations douloureuses est une déformation ou une anomalie fréquente de la sensualité.

L'élaboration de la sensation, par le corps éthérique et les forces de l'âme, dure pendant un certain temps.  Il faut environ trois jours pour que cette élaboration soit entièrement terminée.  Au bout de trois jours une sorte de stabilité s'établit.  C'est l'image de la sensation complètement élaborée au bout de trois jours qui se fixe dans la mémoire.  C'est cette image-souvenir transformée, déformée, ennoblie ou trivialisée, mêlée de sentiments, d'attirance ou d'antipathie, classée et jugée par la pensée, que nous pourrons ensuite faire revivre dans notre conscience, tant qu'elle n'aura pas sombré définitivement dans l'oubli.

Il serait fort important de pouvoir comparer la sensation pure, instantanée, et son image élaborée telle qu'elle subsiste dans la mémoire.  C'est presque impossible.  Pourtant nous apprendrions ainsi bien des choses sur nous-même.   Cette déformation qui est à la base d'illusions ou de préventions joue un rôle important dans le travail de l'artiste et surtout du littérateur.  
Certains esprits déforment artistiquement ; d'autres affadissent ou vulgarisent.

Une étude de la sensation est cependant très importante pour la connaissance de l'astralité, et notamment pour nous apprendre à distinguer l'activité du corps astral de celle du corps éthérique et à établir les rapports de l'un et de l'autre avec le corps physique. Nous donnerons quelques indications élémentaires sur ce point.

Toute sensation, agréable ou pénible, provient de l'activité du corps astral.  Nous pouvons donc dire que chaque fois qu'un événement quelconque est accompagné d'une sensation, le corps astral y participe.  Inversement, chaque fois qu'il n'y a pas sensation, c'est que le corps astral y reste étranger.  
Or, certains faits physiologiques, même fort importants ou fort graves, peuvent n'être accompagnés d'aucune sensation.  Le cancer à ses débuts, par exemple, ne produit aucune douleur.  Il en est de même d'un grand nombre d'intoxications qui ne se révèlent par la douleur qu'après avoir accompli de grands ravages.  Nous avons affaire dans ces cas à des maladies qui attaquent surtout les corps éthérique et physique, et non le corps astral.  

Inversement, certaines affections qui n'atteignent pas gravement les corps éthérique et physique, comme le mal de dents et certains rhumatismes, provoquent une grande douleur.  Ces affections ont donc surtout pour siège le corps astral.[1]  D'ailleurs si le corps astral n'est pas affecté par la maladie, l'état mental du malade reste normal.  Un cancéreux, même gravement atteint, conserve souvent plus de lucidité dans sa pensée, plus de fermeté dans son humeur et ses sentiments que s'il avait une rage de dents ou une migraine.  Le corps astral n'étant pas atteint, la conscience reste claire.

Toute sensation exprime une variation dans les rapports entre le corps astral et les corps physique ou éthérique. Si ces rapports sont complètement supprimés, comme dans le sommeil profond, ou sous l'action de narcotiques, ou dans les cas d'évanouissement, d'hypnose, toute sensation disparaît. Le corps astral est détaché des corps physique et éthérique.  
Si les liens entre le corps astral et les corps physique et éthérique sont simplement relâchés, cette légère libération du corps astral se traduit en nous par une sensation agréable.  Si par contre le corps astral se lie plus étroitement aux autres corps, alors naît la douleur. 

Il y a, entre le corps astral et les autres éléments constitutifs de l'homme, une sorte d'équilibre qui assure la pleine maîtrise de la pensée, des sentiments et de la volonté.

Une rupture de cet équilibre par relâchement ou resserrement des liens du corps astral avec l'éthérique ou le physique va provoquer la joie ou la douleur et diminuer en même temps notre conscience. Une grande joie et surtout une grande douleur font « perdre la tête ».
Lorsque la sensation atteint une certaine acuité, variable selon les individus, la contraction ou le relâchement des liens entre le corps astral et le physique-éthérique va entraîner des effets physiologiques. 

Voici un cas de contraction :

La douleur fait jaillir des larmes. Pourquoi ? Les glandes lacrymales, comme toutes les glandes, sont sous la dépendance étroite du corps éthérique.  Si l'astral afflue vers le centre de l'être, l'éthérique se rétracte et, par pression, produit la sécrétion physique.  Une douleur particulièrement aiguë ou prolongée entraîne d'autres répercussions physiologiques, notamment sur le système digestif qui est dominé tout particulièrement par le corps astral ; elle peut causer des vomissements, par exemple ; une trop grande émotivité peut, dans certains cas, être la cause de l'entérite, etc…

Le relâchement brusque des liens du corps astral avec le physique-éthérique déclenche le rire.  Le rire peut avoir des conséquences physiologiques bienfaisantes.  Il peut être ressenti comme une nécessité après une émotion ou une douleur, ou encore une attention soutenue et prolongée qui a maintenu pendant trop longtemps la contraction du corps astral.  Ce fait est particulièrement frappant chez les enfants ou les jeunes gens parce que chez eux les liens du corps astral avec le physique et l'éthérique sont encore très lâches.  

Les jeunes enfants passent brusquement du rire aux larmes et inversement.  Ce fait explique également pourquoi une atmosphère joyeuse peut être favorable à beaucoup de malades, leur faire « oublier » leur souffrance ; elle la diminue même réellement.  La caresse a le même effet de relâchement sur le corps astral.  C'est pourquoi les animaux, qui ne peuvent pas rire, aiment à être caressés.  Si on passe doucement un doigt autour d'un point douloureux, la souffrance diminue momentanément par un léger dégagement de l'astral.

Nous voyons par ces derniers exemples que, si l'équilibre du corps astral avec les autres corps est rompu d'une façon trop forte ou trop prolongée, il tend à se rétablir par une sorte de compensation, analogue à un mouvement de balancier.  Une souffrance trop intense peut provoquer un évanouissement, donc un relâchement tel qu'il entraîne la rupture complète des liens qui relient le corps astral au physique-éthérique.  

Inversement si le rire s'accentue et se prolonge jusqu'au fou rire, le trop grand relâchement du corps astral tend à se compenser par des séries de contractions brusques et on rit « aux larmes ».  Ce rire spasmodique devient alors douloureux.

Une chute ou de brusques variations de vitesse ont également pour effet le dégagement du corps astral suivi de contractions.  C'est ce qu'on cherche à provoquer dans les attractions foraines comme les «  montagnes russes », dont les glissades rapides suivies de ralentissements déclenchent des cris et des rires spasmodiques.  Ces mouvements réduits au bercement relâchent doucement le corps astral et endorment. Plus accentués et répétés, ils absorbent l'activité du corps astral en l'obligeant à des contractions et des relâchements continus qui le détournent de ses autres fonctions, notamment des fonctions digestives ; on a le mal de mer avec ses conséquences de nausées, de vomissements et de diminution de la conscience.

De telles observations, et beaucoup d'autres que nous pouvons faire sur nous-même chaque jour, nous permettent de mieux saisir l'activité du corps astral.  Elles nous aident également à comprendre que même dans les sensations qui ne s'accompagnent pas d'un sentiment appréciable de douleur ou de joie, le corps astral est perpétuellement actif.

On s'imagine volontiers, sur la foi des manuels de physiologie ou de psychologie, que la sensation est due uniquement à une action extérieure en face de laquelle nous serions purement réceptifs, complètement passifs.  On prétend expliquer, par exemple, la sensation visuelle en montrant que d'hypothétiques vibrations ou corpuscules lumineux pénétreraient dans l'œil jusqu'à la rétine, que ces vibrations seraient transmises par les nerfs optiques jusqu'au cerveau où cette action, jusqu'ici purement mécanique, serait miraculeusement transformée en une image de formes et de couleurs.  
Ce roman pseudo-scientifique n'a d'ailleurs jamais satisfait personne et les psychologues et physiologistes sérieux l'ont toujours présenté comme une hypothèse qu'on ne retient qu'à défaut d'une autre meilleure.  La mystérieuse transformation d'une action purement mécanique en sensation a toujours paru le point faible de cette hypothèse.

En réalité, cette théorie de la sensation ne tient compte que de la moitié du phénomène.  Pour qu'il y ait sensation, il ne suffit pas de l'action du monde extérieur.  Il faut que l'activité du corps astral et aussi du corps éthérique vienne s'y joindre.  Les organes des sens ne sont pas simplement des agents de réception et de transmission. A travers eux l'activité des corps astral et éthérique « sort » en quelque sorte au-devant de l’action physique extérieure.  C'est de la rencontre de cette action extérieure et du corps astral que naît la sensation.

Cette participation active des corps astral et éthérique dans le phénomène de la sensation permet de comprendre le transfert des sens qui se produit fréquemment chez les personnes qui ont perdu l'usage des organes d'un sens : l'aveugle, par exemple, qui arrive à percevoir des faits que normalement on ne perçoit que par la vue. Le corps astral, qui ne peut plus exercer son activité au travers de l'organe détruit, se sert d'un autre organe. On dit que les autres sens s'affinent. Mais ce n'est pas tant leur délicatesse en tant qu'organes de réception qui augmente que l'activité propre du corps astral.
On peut également comprendre pour les mêmes raisons les faits plus rares et extraordinaires de perceptions comme les visions à distance d'objets physiques sans usage possible des organes sensoriels.  L'activité du corps astral supplée à l'insuffisance ou à l'impossibilité d'exercer l'organe physique.  On cite de nombreux cas où les sorciers de tribus sauvages, en danger de mourir de faim ou de soif, ont pu percevoir à grande distance du gibier ou un point d'eau en un endroit déterminé, parfois fort éloigné.  Le fait serait assez fréquent chez les Esquimaux et chez les naturels des déserts d'Afrique australe.  La vision à distance se produit aussi chez certains médiums ou peut parfois être provoquée par hypnose.  Il n'y a pas de différence essentielle de nature, mais seulement de degré entre des faits de ce genre et la vision normale.  L'activité du corps astral est devenue si intense qu'elle peut s'exercer sans passer par l'intermédiaire de l'organe physique.

Des observations comme celles que nous venons de faire nous ont permis de constater l'activité du corps astral et de la délimiter. Elles ne nous ont pas encore permis de déterminer les lois propres à l'astral.

Nous avions pourtant, par nos observations sur les plantes, pu dégager certaines lois du monde éthérique.  Pourquoi n'arrivons-nous pas au même résultat par nos observations sur l'astral ?  La difficulté dans ce dernier cas tient à la complexité, que nous avons déjà relevée, de nos états de conscience.  

Mais nous pouvons découvrir certaines des lois de l'astral en observant un phénomène bien connu, et trop souvent méconnu, parce que mal observé : le rêve.

LA CONSCIENCE DE RÊVE

Certaines caractéristiques de la conscience de rêve peuvent nous éclairer sur l'activité du corps astral.  Pendant le sommeil, le corps astral et le moi étant séparés des corps physique et éthérique, notre conscience normale s'efface et disparaît.  Nous ne conservons aucun souvenir de l'activité du corps astral pendant le sommeil profond.  

Mais cet état intermédiaire entre le sommeil profond et la veille qu'est l'état de rêve va nous faire entrevoir certains aspects caractéristiques de l'astral.  

Le corps astral n'a plus à ce moment que des liens très relâchés avec les corps éthérique et physique ; les lois propres au monde astral vont donc s'exprimer plus librement dans le rêve.  Pour les saisir, il faut naturellement s'attacher à tout ce qui est caractéristique dans la conscience de rêve, à tout ce qui la différencie de la conscience de veille.

Un rêve est généralement composé d'images empruntées au monde sensible : personnes ou lieux que nous connaissons ou que nous pourrions imaginer à l'état de veille. Mais ces images sont liées entre elles de façon inhabituelle ; les personnages se livrent à des actes inattendus qui nous paraissent parfois incohérents ou grotesques, souvent dramatiques.  Pour saisir l'activité du corps astral, il n'y a pas lieu de s'attacher aux images, mais à cette action dramatique qu'éveillés nous n'aurions certes pas imaginée, et qui donne au rêve son caractère propre.

En étudiant cette originalité de la conscience de rêve, on parvient à en dégager quelques caractéristiques très importantes pour la connaissance de l'astral, et notamment : la projection hors de nous-même d'états intérieurs, l'inversion du cours du temps, enfin la création de symboles.

LA PROJECTION DE SOI

Une personne rêve qu'elle suit une route aboutissant à un pont.  Sur ce pont, un groupe d'individus penchés sur le parapet paraissent suivre avec passion un événement qui se déroule au-dessous d'eux.  Intrigué, le rêveur s'approche et voit une rivière au lit très large, parsemé de cailloux, mais où ne coule que très peu d'eau, une rivière du Midi.  Cependant, au milieu du lit, un homme couché sur le dos s'efforce de nager en faisant la planche dans quelques centimètres d'eau.  À chaque effort il se heurte brutalement le dos aux cailloux.  La foule crie au nageur : « Sortez de là, vous allez vous blesser le dos. »  Mais il répond : « Je veux plonger, je veux plonger. »  Le rêveur s'émeut.  Il veut porter secours à cet homme.  Il le faut.  Mais comment ?  Il cherche de tous côtés.  Cet effort le réveille.  Il s'aperçoit qu'une légère blessure qu'il avait au dos s'est rouverte par suite d'un mouvement fait en dormant.  

La douleur s'est traduite dans sa conscience de rêve sous forme d'une image projetant la sensation hors de lui-même et la reportant sur une autre personne.  

Le point important dans un cas semblable, c'est que le rêveur n'a pas imaginé qu'il se livrait à une action absurde, mais à une action qui expliquerait la douleur qu'il ressentait.  Il a vu quelqu'un d'autre se blessant le dos. C'est ce transfert sur un autre de ce qu'on ressent soi-même qui est caractéristique de la conscience de rêve.

Nous trouvons ici une première particularité de la vie dans l'astral : une sorte de retournement de la conscience ayant pour conséquence de projeter à l'extérieur un état intérieur ; de faire percevoir comment se trouvent dans le monde qui nous entoure certaines sensations ou certains états que, dans notre conscience de veille, nous percevrions en nous.

Cette première caractéristique de la conscience dans l'astral est fort importante pour nous faire comprendre certains aspects de notre vie intérieure et plus particulièrement de notre vie morale.

C'est cette faculté du corps astral qui nous permet de ressentir la compassion ou la sympathie, au sens primitif et étymologique de ces deux termes, c'est-à-dire exactement de souffrir avec un autre. Lorsque nous souffrons de la douleur qu'un autre éprouve ou que nous nous réjouissons de sa joie, ce n'est évidemment pas le sentiment d'autrui que nous ressentons.  Les sentiments sont incommunicables ; ils restent enfermés en nous et nous sommes incapables de ressentir ceux des autres.  Nous projetons sur autrui le souvenir de sentiments que nous avons ressentis dans des circonstances analogues, ou ceux qui seraient les nôtres si nous nous y trouvions.  Cette tendance à transférer sur autrui nos propres sentiments est la base même de la règle morale qui nous engage à ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît.

Elle repose sur une faculté de notre corps astral.

Nous pouvons en trouver la preuve dans le fait que les êtres dont l'activité du corps astral est encore peu développée, comme les enfants ou les êtres primitifs, sont souvent incapables de compassion.  Répétons avec le fabuliste que l'enfance est un âge sans pitié.  Des enfants sont parfois cruels, surtout avec des animaux.  Il faut certes les en empêcher ; mais il serait injuste de considérer ces actes de cruauté comme indice certain de méchanceté.  L'enfant est bien souvent incapable de compassion parce que son corps astral n'a pas encore l'activité nécessaire pour lui permettre de projeter hors de lui, de reporter sur d'autres, des sentiments ou même des sensations comme la douleur qu'il n'a pas éprouvée.  L'activité du corps astral n'est pleinement développée que vers quatorze ans ; la puberté est la manifestation de cet entier développement.  Avant cet âge le corps astral est encore embryonnaire, comme le corps physique pendant la gestation. 

Certaines facultés du corps astral manquent à l'enfant ; on ne saurait lui en faire grief.

Si la faculté que nous étudions est une des bases de la moralité, elle peut aussi être la source de beaucoup d'erreurs.

Il n'est personne qui n'ait plus ou moins tendance à rejeter hors de soi ses qualités, ses tendances, ses défauts ou ses goûts.  Souvent nous les attribuons gratuitement aux autres.  Et si nous nous apercevons que nous nous sommes trompés, qu'ils ne sont pas comme nous, nous leur en voulons de notre erreur.  Bien des conflits entre parents et enfants naissent de ce fait.

Plutôt que de chercher en nous les raisons de nos échecs et de nos fautes, nous nous en débarrassons bien souvent en les attribuant généreusement au monde extérieur.  Il n'y a pas que les candidats recalés à un examen qui rendent volontiers responsables de leur insuccès la méchanceté des examinateurs ou cette entité symbolique qu'on charge volontiers de tous ses péchés : la malchance.  Il en est ainsi dans les petits comme dans les grands événements.  Quand on arrive en retard, ce n'est jamais par sa faute, mais bien à cause d'une sorte de malignité des choses ou des gens.

Ce sont souvent nos impuissances et nos incapacités que nous projetons volontiers hors de nous.  Nous voudrions accomplir de grandes choses. Mais nous avons une vague conscience, une conscience de rêve, de notre impuissance à les réaliser.  Au lieu de le reconnaître, nous accuserons les circonstances, notre mode de vie, le manque de temps ou d'argent ... et surtout les autres qui ne nous ont pas soutenus, ou compris, ou qui nous ont contrecarrés !

C'est notre corps astral qui nous permet de nous soulager ainsi ... mais en même temps de nous leurrer.

Cette loi générale de l'inversion du monde intérieur et du monde extérieur est surtout importante lorsque nous nous trouvons en face des réalités et des êtres du monde astral.  Il en est ainsi tout particulièrement après notre mort dans l'existence qui s'écoule entre celle-ci et une nouvelle incarnation.  Rudolf Steiner enseigne que ce retournement constitue l'essentiel des expériences par lesquelles nous passons au cours d'une des périodes qui suivent la mort.  

Ce sont ces expériences que les Hindous dénomment kamaloca et que le christianisme décrit sous le nom de purgatoire.  

Au cours de cette période, nous revivons tous les événements de notre vie, mais inversés ; tout ce qui s'est déroulé dans notre vie intérieure nous paraît étalé hors de nous dans le monde extérieur, tandis que nous ressentons intérieurement les effets de nos actes.  Au cours de notre vie physique, nous avons, dans un accès de colère, frappé quelqu'un ; nous verrons dans le kamaloca notre colère comme un rêve extérieur, une sorte d'animal féroce qui se jette sur nous, et nous ressentirons la douleur du coup que nous avons porté, ainsi que les sentiments de celui qui l'a reçu.

Nous retrouvons ici un phénomène analogue à celui de la compassion. Il est cependant beaucoup plus profond, et le retournement des situations est plus complet.  Cela est dû à ce que, pendant cette période de notre vie post mortem, nous avons perdu notre corps physique et notre corps éthérique.  Nous vivons donc dans l'astral pur et selon ses lois.  

Le retournement peut être complet, ce qui n'est pas possible pendant notre vie incarnée, où les lois de l'astral viennent sans cesse interférer avec les lois contraires du physique et de l'éthérique.  En outre, dans le monde astral, les sentiments ne sont pas cachés en nous comme dans le monde physique.  Ils peuvent être perçus comme nous percevons un objet dans le monde physique.  La projection hors de nous-même de notre vie intérieure peut donc y être complète.

L'observation d'une particularité de la vie de rêve nous a ainsi permis d'atteindre une des lois générales du monde astral : celle du retournement. Un autre exemple de rêve fera ressortir une seconde caractéristique du corps astral.



[1] Ce fait n’a aucun rapport avec la cause, l’origine des maladies.  Une maladie qui atteint surtout les corps éthérique et physique, comme le cancer, par exemple, est presque toujours provoquée par un trouble du corps astral.

dimanche 26 avril 2020

HUITIÈME PARTIE DU LIVRE : UN CHEMIN VERS L'ESPRIT


LA FACULTÉ DE CONSTRUIRE DES SYMBOLES

Une personne rêve qu'elle fait l'ascension d'une montagne. Le chemin est rude, pénible ; elle ne parvient à grimper qu'à force de volonté.  Elle est essoufflée, épuisée, mais il faut monter.  Elle approche du sommet, mais il est inaccessible, entouré de parois abruptes.  Où trouver un passage ?  Il n'y en a pas.  Pourtant il faut avancer.  Enfin voici une grotte.  On peut y entrer... Elle se prolonge par une sorte de tunnel étroit.  Le sol est humide, glissant, visqueux, l'obscurité se fait toujours plus profonde, mais il faut avancer quand même.  

Le rêveur se sent oppressé, angoissé dans ces ténèbres froides où il avance à tâtons.  Il doit maintenant ramper tant le passage est étroit.  Il étouffe, il va périr.  Non, il ne veut pas faiblir.  Encore un effort.  Il n'en peut plus.  Un dernier effort!  Enfin il aperçoit au loin une lueur.  Il s'y traîne.  Oui, c'est bien la lumière du jour, une issue sur le ciel.  La joie le réveille. Or, le dormeur rencontre à ce moment de grandes difficultés dans sa vie; il s'efforce de les surmonter, mais ne sait pas encore comment il en sortira.

Un psychanalyste expliquerait peut-être un rêve de ce genre en faisant remarquer que l'impression de se faufiler péniblement au travers d'un passage étroit, visqueux, étouffant est un symbole d'accouchement.  Il en conclurait sans doute que le rêveur, au milieu des difficultés qu'il rencontre, éprouve inconsciemment le besoin de changer complètement de vie, de renaître à nouveau. 

Une telle interprétation serait sans doute juste.

Dans ce rêve, les difficultés pesantes et l'angoisse de l'incertitude se sont exprimées par un autre symbole, un symbole d'ailleurs banal : « gravir un chemin rude », « se trouver plonger dans les ténèbres » sont devenus des lieux communs parce que de telles représentations naissent spontanément chez la plupart des êtres.  Elles sont empruntées à une de réservoir commun dans lequel ont puisé tous les hommes à toutes les époques.  On voit ainsi réapparaître de nos jours, soit dans les rêves, soit dans des moments d'assoupissement de notre conscience, des symboles qu'employaient déjà dans leurs mythes ou dans les rites de leurs religions les peuples les plus anciens.  

C'est dans le monde astral que nous pourrions trouver ce réservoir universel des grands symboles.

Le corps astral en est le créateur.  Il y a, ici encore, antagonisme entre l'astral et l'éthérique.  Les forces du corps éthérique nous permettent de construire des images, nos représentations des choses du monde extérieur... 

Le corps astral, lui, s'exprime en symboles.

Si cette tendance du corps astral apparaît plus nettement dans la conscience de rêve, elle se produit également pendant la veille.  La psychanalyse a mis en lumière cette particularité psychologique. Les observations de Freud et de ses disciples ont montré que nous créons sans cesse des symboles.  Par exemple, nous lions symboliquement un objet à un sentiment ou à un désir.  Si ce sentiment ou ce désir nous importune, nous cherchons inconsciemment à nous en débarrasser et il se trouve (…comme par hasard !) que nous allons perdre ou briser l'objet-symbole.  Consciemment, nous croyons sincèrement que c'est « par hasard ». En fait nous avons été l'agent volontaire de la perte ou de la destruction de l'objet lié à un sentiment dont nous cherchions à nous libérer.  Nous agissons inconsciemment comme si, en nous débarrassant de l'objet, du symbole que nous avons créé, nous pouvions supprimer le sentiment refoulé.

Notre vie intérieure est tissée de symboles beaucoup plus que nous ne l'imaginons, elle en est même souvent encombrée.  Ce n'est pas seulement un objet, mais un homme, une personnalité disparue, même une notion abstraite qui peuvent devenir symboles.  Ils servent de vêtement à un ensemble complexe de sentiments ou de désirs, souvent parce qu'on est incapable de les analyser et qu'il est plus simple et plus facile de les couvrir d'une image ou d'une formule, parce qu'on n'oserait plus se les avouer à soi-même.  Ils s'agrègent en un symbole qui, dès qu'il est constitué, masque à la conscience tout ce qu'il recouvre.  Il sert aussi à les justifier.  C'est le symbole, prétendons-nous, qui est haïssable ou adorable, vénéré ou honni!  

Nous donnons ainsi libre cours à notre sentiment sans être gênés par les scrupules de notre conscience ou arrêtés par sa censure.

Naturellement on ne tiendra guère compte, dans cette élaboration du symbole, de ce qu'est en réalité l'objet, la personnalité, ou le contenu intellectuel de la notion abstraite derrière lesquels se masque un complexe de sentiments inavoués.  Il devient impossible de discuter rationnellement la notion prise comme symbole ou de rétablir dans sa vérité historique le personnage promu à ce rang ; on déclencherait immédiatement des réactions émotives au lieu d'un examen des faits et d'arguments logiques.

La politique n'est-elle pas nourrie presque entièrement de ces sortes de symboles ? Elle en vit ... et elle en meurt.

Bien que cette tendance à créer sans cesse des symboles soit un des principaux ressorts de notre vie psychologique, elle reste plongée presque entièrement dans l'inconscient.  C'est ce qui peut la rendre dangereuse.  Du fait que l'activité qui construit les symboles échappe au contrôle de la conscience, on commet communément l'erreur de croire que ces symboles ont été construits par la pensée, qu'ils représentent des idées, alors qu'ils ne sont en réalité que le masque d'un complexe de sentiments, de désirs, de volontés.  Pour se faire illusion, on enrobe le symbole de mots qui, dans le dictionnaire, correspondent à des concepts, à des idées, mais qui n'ont jamais été pensés réellement par celui qui les prononce.  C'est ainsi que naissent, se développent et s'exaspèrent tous les fanatismes, les mots d'ordre qui se créent et se colportent ; « les mots qui sauvent et les mots qui tuent ».
Il est donc extrêmement important d'apprendre à construire correctement des symboles. C'est utile dans la vie courante pour ne pas nous illusionner sur les symboles que nous construisons sans cesse dans notre inconscient, et aussi pour éviter de nous laisser imposer les symboles construits par d'autres.

Certes, il ne s'agit pas d'éviter tout symbolisme.  C'est une activité normale du corps astral et nous allons voir qu'elle est fort importante pour le développement spirituel.  Mais il faut s'habituer à la rendre consciente.  Il peut être commode qu'un complexe de sentiments et de volontés puisse s'exprimer par un symbole, mais il faut être conscient qu'il en est bien ainsi, se rappeler que ce ne sont pas des idées qui s'expriment sous cette forme.  Il faut en outre être capable de reconnaître clairement quels sont réellement les sentiments, les désirs, les volontés qui s'expriment sous ce vêtement.  On retrouve ici cette loi générale déjà exprimée : lorsqu'une faculté ou un être spirituel présentent quelque danger, ils perdent toute nocivité dans la mesure où l'on est capable de les reconnaître, de les regarder bien en face sous la pleine lumière de la conscience.

Dans son livre La science de l'occulte, Rudolf Steiner donne un exemple célèbre d'une méditation sur un symbole, celui de la Rose-Croix.[1]  

Il explique longuement et de façon précise comment il faut construire le symbole et il montre de quelle façon la suite de pensées et de représentations qui sert à cette édification fait naître certains sentiments.  Une fois la construction achevée, il faut se concentrer sur le symbole seul, et pendant la concentration, exclure toute autre pensée.  

Il ajoute :
« La vertu d'un pareil symbole dépend de la manière dont on l'a composé avant d'en faire l'objet de la méditation. Si on l'évoque sans l'avoir tout d'abord construit dans sa vie intérieure, il reste froid et inerte, comme si la chaleur psychique qui l’animait recevait sa force pendant l’édification.   

Mais quand on en arrive à la concentration, il faut imposer silence à toutes les pensées préparatoires, et laisser le symbole tout seul flotter devant le regard spirituel. »

Le symbole repose donc bien sur un ensemble, un complexe de sentiments, éveillés au moyen de la construction.  Au cours de la concentration, tous les éléments d'édification du symbole doivent disparaître ; lui seul doit subsister et les masquer, enveloppé seulement d'un halo, d'une aura de sentiments qui continuent de vibrer dans l'âme comme un accompagnement en sourdine.  La méditation ainsi proposée suit donc très exactement le processus spontané de construction du symbole tel qu'il se déroule de lui-même dans notre inconscient.  Mais ici tout s'est fait en pleine conscience, volontairement et d'après des représentations et des sentiments que nous avons pu choisir et contrôler.

LIBRE CRÉATION DE SYMBOLES

Par une méditation ainsi construite, notre âme parvient à se mettre à l'unisson d'une des lois du monde astral, mais elle la suit par un acte libre, issu de notre propre initiative, et non pas en nous laissant entraîner par les impulsions obscures de notre inconscient.

Cette liberté, cette autonomie est l'élément essentiel, celui qui donne toute sa valeur et son importance à l'exercice.  Nous nous trouvons ici à un point central, crucial, sur le chemin que nous suivons dans notre marche vers l'esprit.

Jusqu’ici les observations que nous avons faites, les représentations ou les idées sur lesquelles nous nous sommes fondés étaient directement ou indirectement tirées du monde sensible ou liées à lui.  Nos observations sur le monde éthérique constituaient des expériences sensibles-suprasensibles.  

Nous avons essayé d'apercevoir l'éthérique au travers des métamorphoses qu'il impose aux formes visibles.  Les pensées que nous avons développées étaient mises à l'unisson des forces éthériques lorsqu'elles agissent dans le monde physique.  En abordant l'astral, nous avons eu recours sans doute à l'observation de notre vie intérieure.  

Mais nous dirigions notre observation vers certains aspects de cette vie intérieure qui sont liés au physique et à l'éthérique.  Il en était ainsi pour tout ce qui concerne les rapports du corps astral avec les corps physique et éthérique.  La faculté de transfert que nous avons observée comme première manifestation du corps astral peut sans doute s'exercer vis-à-vis des êtres spirituels ; mais dans la vie courante, elle tend à nous rapprocher des choses et des êtres du monde sensible.

Maintenant, en abordant l'activité créatrice de symboles, nous touchons à un domaine où l'activité du corps astral n'a plus aucun rapport avec le monde physique, et surtout n'est plus déterminée en quoi que ce soit par le physique-éthérique.  Nous sortons complètement du monde sensible.

Après avoir décrit la méditation sur la Rose-Croix, Rudolf Steiner déclare :

« Ces symboles sont choisis de telle manière qu'on peut faire totalement abstraction de leur rapport avec une réalité sensible et que leur valeur réside uniquement dans la force avec laquelle ils agissent sur l'âme quand celle-ci détourne totalement son attention du monde extérieur, qu'elle étouffe les impressions des sens et qu'elle élimine aussi toutes les pensées qu'elle pourrait tenir d'une impulsion venant du dehors. ( ... )  
Le processus de la méditation s'éclaire si on le compare au sommeil. (…) Bien que l'état de l'âme soit alors comparable au sommeil en ce sens qu'elle s'est détachée de son corps, cet état peut pourtant être considéré comme un état de veille supérieur. L'âme se connait alors dans sa véritable nature indépendante, tandis qu'à l'état de veille ordinaire - ses forces étant beaucoup moins développées - elle ne devient consciente qu'avec l'aide de son corps  ; elle ne se connaît donc pas elle-même et se perçoit seulement dans l'image que son corps ou plutôt ses processus organiques lui présentent comme une sorte de reflet.
Les symboles dont la construction a été décrite plus haut ne correspondent pas encore, naturellement, à des réalités du monde spirituel.  Ils servent à détacher l'âme de la perception sensorielle et du cerveau auquel l'entendement est lié d'ordinaire. Ce détachement n'est acquis que lorsqu'on peut se dire : je me représente maintenant quelque chose au moyen de forces pour lesquelles ni mes sens ni mon cerveau ne me servent d'instruments. La première expérience qu'on fait sur cette voie, c'est cette indépendance à l'égard de ses organes physiques. On peut se dire ensuite : ma conscience ne disparaît pas lorsque je fais abstraction de mes perceptions sensorielles et de ma pensée rationnelle ; je puis m'élever au-dessus de celle-ci et j'ai alors l'impression d'être à côté de ce que j'étais auparavant.  Telle est la première expérience purement spirituelle : la vision d'une entité, d'un Moi psychospirituel. »

Cette expérience est donc d'une importance capitale. Mais il faut bien voir que la faculté de former des symboles existait avant cette expérience.  Ce qui est essentiel, c'est que dans notre vie psychique ordinaire toute activité consciente est déclenchée directement ou indirectement par des impressions sensibles.  Nous sommes donc déterminés plus ou moins par elles.  Ici au contraire, l'homme peut, sans être déterminé par autre chose que par son libre propos, déclencher une activité purement spirituelle, une activité propre à un monde suprasensible, au monde astral.  

Il sort donc bien du monde sensible pour entrer de son propre mouvement dans un monde supérieur, et d'une façon conforme aux lois de ce monde. Au lieu d'être porté par les lois du monde physique, il se modèle d'après les lois de l'astral auxquelles il s'est librement lié. L'exercice sur les symboles est donc bien un passage, un point crucial sur le chemin vers l'esprit. Grâce à lui on peut passer du monde sensible aux mondes supérieurs et cela par un acte libre.

Il est facile de comprendre qu'un tel exercice puisse être le point de départ d'un chemin de développement spirituel.  C'est ce que montre Rudolf Steiner dans son livre La science de l'occulte.  

La méditation sur les symboles est la première méditation qu'il propose dans le chapitre de cet ouvrage consacré à la « connaissance des mondes supérieurs ».  

C'est un chemin plus rapide que celui qui passe par étapes successives du physique à l'éthérique, puis à l'astral.  Il s'engage, en effet, directement dans des régions déjà complètement étrangères au monde sensible. Mais il ne peut être utilement suivi que par des âmes déjà sérieusement mûries et, en outre, bien entraînées aux exercices spirituels, car il n'est pas facile de réussir correctement une méditation sur les symboles.  

On entre dans un monde inhabituel pour notre conscience ordinaire.  

On n'est plus guidé par des notions tirées de l'expérience sensible, on manque de points de repère, de contrôle direct et immédiat.  C'est un chemin difficile pour des débutants.


INVERSION DU COURS DU TEMPS

Avec le travail sur les symboles, nous sommes sortis du monde sensible, donc de l'espace tel que nous le concevons d'ordinaire.  En passant à une autre observation de la conscience de rêve, nous allons sortir du temps tel qu'il se déroule habituellement devant nous.  En effet, une troisième caractéristique de l'astral, l'inversion du cours du temps, apparaît fréquemment dans les rêves.

Voici par exemple un rêve cité dans plusieurs manuels de psychologie :
Une personne rêve qu'elle vit à l'époque de la Révolution française.  Le rêveur se ressent comme un suspect ; il est poursuivi, traqué.  Il parvient à s’échapper plusieurs fois.  Il lui faut prendre des noms d'emprunt, se déguiser, changer presque chaque jour de refuge.  Il finit par être arrêté, emprisonné.  En prison il vit maintes scènes dramatiques.  Il est traduit devant le tribunal révolutionnaire.  Un long procès se déroule.  Malgré une défense acharnée, il est condamné à mort, conduit à l'échafaud.  Le coup de couperet de la guillotine le réveille.

Il s'aperçoit alors que le ciel de lit s'est détaché et lui est tombé sur le cou !
Le choc a été interprété dans la conscience de rêve comme le coup de couperet d'une guillotine.  Le long roman aux épisodes multiples qui a paru durer des mois a été déclenché par ce choc qui n’a duré qu’une seconde.

Pourtant le coup de couperet était, dans le rêve, le dénouement de ce roman.  Ce qui en fait a été le point de départ apparaît comme conclusion. La cause première devient l'effet final. Dans notre conscience de veille et dans le monde physique, la cause précède l'effet et le détermine. Ici le fait qui serait considéré comme cause lorsque nous sommes éveillés, apparaît comme l'ultime conséquence d'une longue suite d'événements. Pourtant c'est ce point final qui a engendré tout le roman.  Il fallait expliquer le choc ressenti. 
Le corps astral a travaillé pour fournir une explication.  Il l'a donnée en se conformant à ses lois propres parce qu'il était libéré des contraintes que lui opposent, lorsque nous sommes en état de veille, les corps physique et éthérique.  

Mais du même coup il nous découvre un des secrets de sa nature, une de ses lois maîtresses : dans l'astral le temps paraît se dérouler en sens inverse de son cours habituel.  Il revient de l'avenir vers le présent.  Cette inversion est due à ce que le monde astral est le monde de la finalité.


CAUSALITÉ ET FINALITÉ

Dans l’univers physique, la cause de tout ce qui existe dans le présent doit être cherchée dans le passé ; le passé détermine le présent, qui à son tour déterminera l'avenir.  Dans le domaine physique règne la causalité.

Dans le monde astral, tout ce qui existe dans le présent trouve sa raison et sa fin dans un but qui ne se réalisera que dans l'avenir, mais qui se préfigure dans le présent.

Dans le monde physique, lorsqu'on veut rechercher comment les événements s'enchaînent, se déterminent les uns les autres, il faut les suivre dans un ordre qui se déroule du passé vers le présent, conformément au temps tel que nous le concevons d'ordinaire. C'est ce que nous appelons l'ordre chronologique.

Dans le monde astral, si nous voulons découvrir comment un événement en a suscité un autre, il faut suivre l'ordre inverse, remonter dans le temps du présent vers le passé.

Le monde physique est dominé par la loi de causalité ; le passé impose rigoureusement l'état présent.  L'astral au contraire prédispose le présent en vue d'une fin, le rend apte à recevoir les impulsions de l'avenir.
Ce problème de la causalité et de la finalité a toujours paru extrêmement ardu.  Lorsque nous observons le monde physique, notamment tout ce qui est mécanique ou qui peut se ramener aux lois de la mécanique, il est évident que la causalité s'impose de façon absolue.  Dès qu'on aborde les êtres vivants et surtout le règne animal, il semble qu'une sorte de finalité apparaisse.  

Elle se manifeste tout particulièrement dans l'instinct qui, presque toujours, fait agir l'animal en raison d'un événement futur que la bête est presque certainement dans l'impossibilité de prévoir.

Un sentiment profond rend l'homme incapable d'accepter la loi implacable de causalité pour tout ce qui concerne sa vie morale ou spirituelle.  

L'observation peut bien lui faire voir la causalité dominant la nature inanimée ; son intelligence peut lui en découvrir les lois, la science lui démontrer comment elles agissent. Il ne peut se résigner à la subir ; il demande quelle peut être la fin de toutes choses, quelle est sa raison de vivre, le but de sa destinée. Il recherche obstinément la finalité, même si la raison veut le persuader qu'il n'y en a point.

Ce problème de la causalité et de la finalité reste insoluble tant qu'on ne s'est pas convaincu que l'homme participe aux deux mondes physique et astral. Il se trouve au confluent d'un passé qui le détermine et d'un avenir qui le sollicite et le prédispose.  En lui jouent à la fois les lois de la causalité et les impulsions de la finalité.

Parce que l'homme possède à la fois un corps physique et un corps astral, dans chacun de ses actes causalité et finalité s'entremêlent. Prenons un exemple banal, un exemple terre à terre.

Observons un homme qui joue au billard.  Une boule roule sur le tapis vert.  Son trajet, ses ricochets obéissent aux lois de la mécanique.  Ils sont déterminés par une cause : l'impulsion que le joueur a donnée à la boule.  
Cette impulsion est antérieure au mouvement.  Tout ce qui se déroule sur le tapis vert, tout ce que le spectateur peut voir, est strictement conforme aux lois de la causalité.  Ces lois déterminent en fin de course un carambolage. Tout ce que nous avons vu s'est déroulé dans le monde physique.

Mais tout change si nous nous représentons maintenant ce qui s'est passé derrière le crâne du joueur.  Ici, c'est le carambolage qui était la raison, la fin de l'impulsion donnée à la boule.  Ce que nous avons vu en dernier lieu sur le tapis vert était la cause déterminante qui a déclenché toute l'action, tandis que dans la pensée du joueur le carambolage était d'abord ; c'est lui qui a été vu en premier ; tous les mouvements qui l'ont précédé, pour le spectateur, n'étaient pour le joueur que la conséquence, la suite de sa représentation.  

Au moment où il jouait, où il donnait à sa boule l'impulsion nécessaire pour qu'apparaisse le carambolage, c'était l'avenir qui préformait, dans le présent, tous ses mouvements en vue du but à atteindre.  Il agissait selon les impulsions de la finalité.  Tout ce qui s'est passé derrière le crâne du joueur s'est déroulé dans le monde astral.

Il est important de remarquer qu'une fois le carambolage prévu, posé devant le regard intérieur du joueur, il faudra pour réaliser le carambolage dans le monde physique, utiliser les lois de la causalité.  L'opération complète se décompose de la façon suivante  :

1. Le joueur voit le carambolage à faire.  C'est le plus lointain avenir qu'il ait à prévoir.

2. Le joueur se représente le trajet que doit accomplir sa boule pour parvenir au carambolage.

3. Il se représente les mouvements qu'il doit accomplir pour donner à la boule l'impulsion nécessaire afin qu'elle accomplisse le trajet prévu.  C'est l'avenir le plus proche.  La pensée du joueur suit donc la série des opérations qui se dérouleront sur le tapis vert, mais elle les suit dans un ordre inverse de leur succession dans le temps physique.  Il les suit en partant du plus lointain avenir, c’est-à-dire le carambolage, pour descendre vers le plus proche, vers les mouvements à accomplir pour donner à la boule l'impulsion voulue.

4. Le joueur donne l'impulsion à la boule et, désormais, tout se passera selon la loi de causalité et se déroulera dans le monde physique dans l'ordre inverse des représentations du joueur. D'abord le mouvement du bras, puis le trajet de la boule, enfin le carambolage.

Une seconde remarque est non moins importante. Jusqu'au moment où le joueur est passé de la représentation à l'acte, où il a mis la boule en mouvement, il pouvait choisir le trajet qu'il lui ferait parcourir.  Il est rare qu'un carambolage ne puisse se faire que d'une seule façon.  

Dans une certaine mesure le joueur était libre. À partir du moment où le mouvement est déclenché, où la causalité remplace la finalité, où l'opération sort de l'astral pour entrer dans le physique, rien ne peut plus être changé, tout est rigoureusement déterminé, parce que tout est soumis à la causalité.

Ainsi, les impulsions qui traversent l'astral proviennent de l'avenir.  Elles sont dirigées par la finalité.  Lorsqu'elles pénètrent dans le monde physique, elles préforment dans le présent un événement futur.  Elles y déposent une sorte de germe qui va se développer dès lors selon les lois de causalité.  Ce germe, d'abord difficile à discerner, déterminera l'événement qui existait en puissance dans le monde astral.  Un certain temps s'écoulera entre le moment où le germe est déposé et le moment où l'événement se réalisera ; ceci en raison de l'inertie du monde physique qui s'oppose à toute transformation brusque.  Il faut que l'événement mûrisse, que « les temps soient révolus ».

Tant que l'événement est seulement préfiguré dans le monde astral, les êtres dont les impulsions tendent à se réaliser dans le monde physique - qu'il s'agisse d'hommes ou d'êtres spirituels - conservent une grande liberté.  Leur réalisation peut prendre toutes sortes de formes.  

Mais, dès que le germe est déposé, que l'événement est ainsi préformé dans le monde physique, il devient fort difficile de modifier son développement.  L'impulsion, en pénétrant dans le domaine de la causalité, en prend le caractère de rigueur déterminante.  

Jusqu'alors souple, plastique, elle devient à partir de ce moment une cause fatale.  Ainsi la causalité et la finalité ne s'excluent pas, mais s'entremêlent et se complètent.

L'homme, par son corps astral, fait partie du monde de l'astralité. C'est la raison pour laquelle il peut se fixer à lui-même un but, une fin, et agir de telle sorte qu'il soit capable de l'atteindre.  Son action, dirigée par la finalité, est conforme aux lois du monde astral.  

C'est cette même faculté du monde astral qui permet d'expliquer tous les faits de prémonition ou de prophétie et notamment les rêves prophétiques.  
Il faut bien remarquer que la prévision d'un événement peut être obtenue par plusieurs voies différentes. L'observation peut nous permettre de découvrir le germe déjà déposé dans le monde physique.  Il faut pour cela de la pénétration d'esprit, du coup d'œil, de l'intelligence ou de la sagacité ; bref des qualités, brillantes peut-être, mais normales.

Dans des cas plus rares, l'observation peut avoir été faite sans que nous ayons découvert son importance.  Nous n'en avons tiré aucune conséquence.  Mais, au cours d'un rêve, nous en verrons les effets. 

C'est possible parce que le corps astral ne cesse pas toute activité pendant le sommeil.  Il arrive, de temps à autre, qu'un écolier qui n'est pas arrivé à faire son problème le soir, en trouve la solution en rêve et n'ait plus qu'à l'écrire le lendemain. Les deux faits sont analogues. Il n'est pas nécessaire de posséder des facultés supranormales dans un cas plus que dans l'autre.

Par contre, pour percevoir l'événement futur avant toute réalisation, lorsqu'il est encore en puissance et seulement préfiguré dans le monde astral, il faut de la clairvoyance.  Mais les impulsions seulement préfigurées dans le monde astral peuvent encore se réaliser, comme nous l'avons vu, de bien des façons différentes ; elles n'ont pas encore de caractère certain et fatal. C'est pourquoi les cas de prophéties indiscutables, exprimées avec précision et exactement réalisées, sont rares.

Toutes les impulsions qui traversent l'astralité et pénètrent dans le domaine physique suivent les mêmes lois, quelle que soit l'importance de l'événement finalement réalisé ou la nature de l'être qui a donné l'impulsion.  Le même processus se déroule, qu'il s'agisse d'un acte humain, de notre destinée, des fins ultimes de l'humanité, de l'évolution, de l'univers ou de la réalisation des desseins de Dieu. 

Les buts les plus lointains sont d'abord posés dans l'astral. Ils se préfigurent peu à peu en modifiant le monde astral d'abord dans un devenir un peu moins lointain, puis de plus en plus proche, jusqu'au moment où le germe en sera déposé dans le présent physique.

Le moment où se produira cette sorte de naissance est d'une importance capitale, puisqu'à partir de ce moment l'impulsion saisie par la loi de causalité ne peut plus guère être modifiée et qu'elle prend forme physique.  Il faut donc que ce moment d'incarnation ne se produise ni trop tard ni trop tôt.  Si c'est trop tard, le germe n'aura pas le temps de se développer normalement et risque de rester sans effet.  Si c'est trop tôt, le germe sera déposé à un moment où les conditions du monde physique ne sont pas encore favorables à son développement et il se produit une sorte d'avortement ou de monstruosité.  

Rudolf Steiner cite dans son œuvre des cas nombreux d'impulsions spirituelles qui ont succombé ou ont été dévoyées parce qu'apparues trop tôt dans un univers insuffisamment préparé.  La même précaution doit être prise lorsque nous envisageons de réaliser quelque dessein important.  Il faut savoir le laisser mûrir assez longtemps en nous-même et l'introduire au moment propice dans le milieu physique, par des actes et même par des paroles. Il est toujours dangereux de parler trop tôt d'un dessein encore irréalisable.


DESTINÉE ET KARMA

Notre destin individuel est soumis aux mêmes lois. Il est préfiguré dans l'astral avant notre naissance. C'est le karma de l'existence que nous allons vivre.  Le germe en sera déposé dans le monde physique au moment de notre naissance. Les vieux contes qui nous montrent des fées assemblées autour du berceau d'un enfant, et lui apportant chacune en don une qualité qui n'apparaîtra que plus tard, expriment sous une forme poétique cette première ébauche du destin.  Mais ce karma qui provient du monde astral est construit en vue d'un but, d'une fin qui dépasse les limites d'une seule existence.

On a souvent une conception trop étroite de la loi de karma.  On imagine volontiers que les événements d'une vie sont seulement la conséquence de vies antérieures.  En partant de ce seul point de vue, on est amené à ne considérer le karma que sous la forme d'une sorte de justice distributive, de morale en action, telle qu'on la trouve dans certain livres destinés aux petits enfants ... et que ceux-ci n'aiment pas lire, parce qu'ils ont encore un instinct juste de la vérité.  Cette conception conduirait d'ailleurs à supposer un déterminisme rigoureux dans les actions humaines, ce qui ne laisserait guère de place pour la liberté.

C'est en l'étudiant du point de vue de la finalité que la loi de karma peut devenir féconde.  L'humanité et chacun des individus qui la composent doivent atteindre au travers des vies successives les buts fixés à l'évolution de l'univers.  Si, au cours d'une existence, une faculté indispensable pour notre développement ultérieur n'a pas été suffisamment exercée, les événements de la vie vont nous obliger à renforcer ce point faible.  C'est donc essentiellement en vue de l'avenir qu'il faut purger le passé.  Plutôt que de chercher à connaître nos existences passées (ce qui n'a guère qu'un intérêt historique, puisque nous sommes impuissants à y rien changer), il vaut mieux employer nos forces et nos connaissances de la loi de karma à préparer le bagage nécessaire à nos existences futures. Nous éviterons ainsi que des événements souvent pénibles nous obligent à le faire. L'acquisition des facultés et des vertus indiquées par Rudolf Steiner comme préparatoires à l'initiation nous seront à ce point de vue d'un grand secours.  Nous pouvons, grâce à cette acquisition, développer harmonieusement et en pleine liberté toutes les forces dont nous aurons besoin dans cette existence et dans les prochaines.

Nous pouvons nous approcher de la connaissance de notre propre destin, de notre karma, en examinant et en retraçant devant nos yeux le déroulement des événements de notre vie. Ce ne sont pas ces événements eux-mêmes qui sont importants, ni le fait qu'au moment où ils se sont produits nous les ayons ressentis comme agréables ou désagréables, heureux ou douloureux. Une difficulté grave, un malheur peuvent avoir des conséquences bienfaisantes. Ce qui est important dans l'examen rétrospectif de notre vie, c'est le déroulement, l’enchaînement des circonstances.  Mais ces évènements ne sont pas liés seulement par des relations de cause à effet ; en tant qu'ils expriment notre karma, ils sont généralement déterminés par la finalité, et par conséquent ils peuvent trouver leur raison dans un autre événement qui ne s'est réalisé que longtemps après et non pas dans un événement antérieur.  Il est donc utile, pour que cette finalité nous apparaisse clairement, que l'examen de notre vie soit fait dans l'ordre inverse de son déroulement, c'est-à-dire en partant du présent, des faits les plus récents, pour remonter le cours de notre vie jusqu'aux souvenirs les plus anciens de notre première enfance.

Cet exercice d'examen rétrospectif poursuivi à rebours du temps peut sembler au début assez difficile à réaliser. On peut s'y entraîner en commençant par suivre de cette façon les faits qui se sont déroulés au cours d'une seule journée. 

Par exemple, un spectacle qu'on a vu commence par le dénouement, une conversation par les derniers mots échangés.  Les événements vus ainsi, à rebours de leur ordre chronologique, prennent un tout autre aspect. 

On s'aperçoit que, même dans le détail des faits les plus insignifiants d'une journée, un événement qui n'est pas encore réalisé peut être préparé par un autre, et que ce dernier ne prend toute son importance et sa signification que si nous établissons un rapprochement juste entre les deux événements.  Par exemple, sans raison apparente, nous sommes partis en avance ; les quelques instants de loisir dont nous disposions nous ont permis de faire une observation importante, ou de rencontrer inopinément une personne que, sans cette avance, nous n'aurions pas eu l'occasion de voir … De tels faits sont fréquents.  Il faut naturellement les enregistrer avec calme et sans y voir, à chaque instant, l'intervention de puissances supérieures.

Des exercices comme ceux qui viennent d'être indiqués sont utiles pour renforcer et contrôler l'activité de notre corps astral. En nous menant jusqu'à la porte du problème du destin, du karma, ils nous font dépasser le domaine purement astral pour atteindre celui du spirituel, du moi.  Le moi est l'élément qui passe d'une incarnation à l'autre et qui est par là même le porteur du destin.  Nous pouvons lire dans l'astral l'image du moi inscrite dans le destin.



[1] Voir R. Steiner : La Science de l’Occulte, chap. V, La Connaissance des Mondes supérieurs. Ed.Triades